Le Deschaux | 2021-10-01

Jura. L'âge mûr de la colocation

Ils sont seize colocataires à se partager des espaces communs imaginés à taille humaine. Mais chacun garde son indépendance en ayant son propre studio.
Devant la télé, certains dorment . D’autres la regardent sans l’écouter. C’est souvent comme ça avec le petit écran, il meuble le silence. Avalés par le canapé, Paul et Stéphane ne sont pas du genre à changer de chaîne. Gisèle les imite.
Ce n’est pas encore l’heure de déjeuner alors ils patientent. À midi, ce sera salade de tomates, pilons de poulet et poire au chocolat en dessert. Aux fourneaux, Laura, l’une des six auxiliaires de vie de la nouvelle résidence Ages et vie, sur la commune de Le Deschaux. Le principe, deux bâtiments de 8 chambres chacun dans une colocation.
Marie-Claude, 84 ans, originaire du sud de la France, s’est installée il y a un mois : « Au départ je n’étais pas très enthousiaste, je préférai rester seule. Aujourd’hui je suis très heureuse, j’ai sympathisé avec ma voisine Gisèle, on a encore beaucoup discuté ce matin. »
Sa fille vit dans le Jura, c’est elle qui lui a trouvé cette colocation. Dans son studio de 30 m2 , son lit, des rangements et les photos de famille. Il y a aussi un puzzle en cours de réalisation.
« C’est mon arrière-petit-fils en photo, Arthur ; ils font de ces choses maintenant ! Je fais aussi des mots fléchés. Et puis mon fils vit à Bangkok, alors je me suis mise à l’informatique pour échanger avec lui », commente Marie-Claude avant de rejoindre Laura et de continuer la discussion autour du repas à venir. Ici, que du plain-pied, une architecture lumineuse avec seulement un étage pour le logement du personnel.
Le maire du village, Patrik Jacquot avait contacté une première fois l’organisme Ages et vie pour leur proposer du terrain : « Ils m’ont répondu qu’ils ne s’installaient pas dans les communes de moins de 1 500 habitants. Finalement ils m’ont recontacté plus tard et nous leur avons vendu un terrain de 2000 m2 . C’est un plus pour nos commerces, boucherie, épicerie, tabac, journaux… Et certains anciens peuvent ainsi rester au village. »
Paul est un exemple concret. À 90 ans, originaire de Le Deschaux, il a lui aussi intégré la colocation. Assise
en face de lui, toujours en compagnie de la télé, Gisèle, 86 ans , ne cesse de vanter les lieux :
« Il n’y a pas mieux et on mange bien. »
Une remarque à laquelle Marie-Claude ne peut qu’acquiescer : « On se nourrit souvent mal quand on est seul, alors qu’ici c’est très bon. » Dans les bâtiments, il y a toujours une présence. Si les lieux ne sont pas médicalisés, le contact quotidien des auxiliaires de vie est rassurant.
« Ils sont tous autonomes, mais certains ont parfois besoin d’aide. On s’occupe également des animations, ils ont par exemple chanté pour Noël, on propose également des jeux de société, de la gym… Ce n’est pas une maison de retraite , ce ne sont pas des résidents mais des colocataires », précise Viviane, auxiliaire de vie qui s’occupe du second bâtiment, avant d’ajouter : « Je suis très heureuse d’avoir trouvé ce travail, avant je cumulais les CDD. » Dans ses pattes, un petit chien.
César est la mascotte. Tous les matins il va dire bonjour aux colocataires, sans en oublier un seul. C’est le fidèle compagnon de Charlotte, 83 ans. « Elle le sort tous les jours, ils sont marrants tous les deux », commente Viviane en les regardant. Il y a aussi Jeanne, 94 ans, Marie-Thérèse, la doyenne, 102 ans le 14 mars prochain . Et un couple, le seul, a prévu de s’installer dans quelques semaines. Les colocataires peuvent recevoir de la visite, au maximum trois par studio et dans le respect des distances sanitaires de rigueur.
« Certes il faut aimer la vie en communauté, mais je trouve que c’est une bonne option pour éviter la solitude », ajoute le maire Patrik Jacquot.
« Certes il faut aimer la vie en communauté, mais je trouve que c’est une bonne option pour éviter la solitude. Pour un loyer d’environ 1 600,00 € par mois, avec les aides, tout est compris », ajoute le maire Patrik Jacquot.
Les couverts sont sur la table. Les odeurs se font sentir. Il est bientôt l’heure de manger…

actu.fr – 6 janvier 2021

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