2021-10-01

Long format : Faire tomber les cloisons entre générations

Cohabitation intergénérationnelle, colocation entre seniors, habitat partagé… Les alternatives à la maison de retraite sont de plus en plus nombreuses sur le territoire.
Petit tour d’horizon.
Depuis quelques années déjà, les colocations intergénérationnelles prennent leur essor dans les villes étudiantes de l’Hexagone.
À Tours, par exemple, l’association Ensemble2Générations veille au bon déroulement d’une quinzaine de cohabitations entre binômes senior-étudiant. « Cela crée vraiment des liens extraordinaires, surtout auprès des jeunes qui sont éloignés de leur famille. Ils apportent une certaine gaieté dans le foyer du senior, qui, en échange apporte son vécu, son expérience », constatent Élodie Duriez et Christine Marchand, en charge de Tours ; l’association est également présente sur l’agglomération de Poitiers.
Le loyer excède rarement les 250 € pour une chambre, l’étudiant s’engageant en retour à rendre des petits services. Rose-Marie (*), 89 ans bientôt, a choisi cette formule il y a quatre ans, accueillant chaque rentrée scolaire un nouvel étudiant. Depuis septembre, c’est Émilie, 18 ans, qui a gagné la chambre du premier étage pour se préparer au concours d’éducateur. Si Rose-Marie, ancienne institutrice, a opté pour cette formule, c’est surtout pour avoir une aide, « sortir les poubelles, car je ne peux plus, c’est trop difficile, ou des petits services occasionnels , comme porter un cageot de pommes dans le coffre de ma voiture », explique-t-elle.
Un moyen aussi « d’ avoir une présence la nuit, le plus souvent possible » . La presque nonagénaire avait un temps envisagé de quitter sa maison du sud de Tours : « J’avais rempli un dossier pour un foyer-logement il y a sept ou huit ans ; tout était prêt, mais je ne l’ai jamais déposé », avoue-t-elle. Comme beaucoup de personnes âgées, elle préfère rester à domicile.
Contact : tours@ensemble2generations.fr
C’est en pourcentage, la proportion d’étudiants étrangers qui sollicite Ensemble2Générations pour une cohabitation intergénérationnelle à l’échelle nationale. L’association, présente à Tours et Poitiers, avance le chiffre de 5.000 cohabitations mises en place depuis sa création, en 2006.
Autre exemple de ces logements qui permettent de créer des passerelles entre générations, dans la Vienne, au sud de Poitiers, où se prépare . « On trouvait tellement triste de voir des enfants sans grands-parents et des grands-parents sans petits-enfants », expliquent Cécile et Hervé Séjourné qui gèrent déjà la Barbamaison , un lieu de vie pour enfants à Valence-en-Poitou, depuis onze ans.
« Les Copains d’abord » future colocation de seniors Le couple accueille encore cinq enfants , âgés de 12 à 21 ans, sous son toit, avec une envie de pousser plus loin l’aventure grâce aux « Copains d’abord », une colocation de retraités prévue dans la maison mitoyenne à la leur.
Cette dernière a été achetée et les travaux d’aménagement ont pu démarrer en mai dernier. Ne manquent plus que les résidents des trois chambres, avec salles de bains et toilettes, qui pourraient intégrer les lieux dès janvier prochain.
« Chacun pourra vivre au rythme qu’il souhaite » , explique Cécile Séjourné, qui a fixé le loyer à 600 €. « J’ai des gens très motivés par le projet humain mais qui trouvent que c’est trop cher », déplore-t-elle, le prix s’expliquant par la présence d’une piscine couverte et d’un ascenseur extérieur.
« On souhaitait un lieu de vie résilient qui permette d’échanger, de vivre, de partager entre enfants et personnes âgées, selon les envies de chacun », détaille la propriétaire, bientôt la cinquantaine, et heureuse de poser les bases d’un habitat partagé qui corresponde à ce qu’elle souhaiterait pour elle-même plus tard.
« J’avais un peu peur de parler du projet aux enfants, mais ils ont tout de suite adhéré. Quand une colocataire intéressée est venue, il y a un lien qui s’est créé immédiatement, c’est génial », s’enthousiasme d’ailleurs la responsable de ce lieu de vie évolutif : « J’ai une de mes jeunes qui m’a même dit qu’elle avait hâte, pour apprendre le tricot ». La Barbamaison et les Copains d’abord sont prêts pour la colocation !
Contact : colocationlescopainsdabord@gmail.com
Le nombre de maisons partagées pour personnes âgées dépendantes dans la région Centre en cours de construction par Âges & Vie : La Ferté-Imbault, Cellettes et Gièvres (41), Cléré-les-Pins et Athée-sur-Cher (37), Vicq-sur-Nahon, Azay-le-Ferron, NeuvySaint-Sépulchre, Aigurande, Mongivray (36).
 » La solitude est une arme de destruction massive  »
Une maison intergénérationnelle a investi l’ancien Cloître des Capucins, à Tours. Un lieu de vie où se mêlent anciens, désireux de conserver une autonomie, et publics fragiles.
Ce matin-là, le café partagé de 10 h est tombé à l’eau avec la pluie. Mais lorsqu’un rayon de soleil veut bien s’inviter au 9 rue Poincaré, le magnifique cloître des Capucins ressemble à une sorte de maison idéale, où cohabitent seniors, familles monoparentales et jeunes, une crèche, un accueil de jour pour malades Alzheimer et des enfants accueillis par l’Apajh 37, au sein d’une résidence intergénérationnelle aussi intéressante que rare sur le territoire.
Preuve de l’engouement pour cette formule initiée par Habitat et Humanisme à Tours-Nord, les appartements réservés aux personnes âgées, sous conditions de ressources (un tiers des 31 logements), ont tous trouvé preneur.
« Et je reçois encore trois ou quatre demandes par semaine » , livre la directrice des lieux, inaugurés en septembre 2019. « Pour les seniors, le postulat de départ était que la solitude est une arme de destruction massive », retrace Cathy Munsch-Masset.
L’exemple de Georges (*) 64 ans, « un des premiers résidents à être arrivé, en fauteuil roulant, et qui, aujourd’hui, a gagné en confiance et en autonomie » est significatif, témoigne Frédéric Parisis, le directeur adjoint. Afin de faire cohabiter tout ce petit monde, une charte a été établie pour fixer les conditions d’entraide, de solidarité et de bienveillance.
« Le Bon endroit », à l’issue du premier confinement « Cela peut être seulement de prendre le temps de bavarder, d’aller faire des courses ensemble, de faire du lien », liste la directrice. Bien au-delà des murs des Capucins : « L’idée était de travailler la mixité intergénérationnelle, mais aussi l’entraide, d’aider les habitants , un peu en difficulté sociale, à aller vers le dehors ».
Parmi ces habitants, on peut croiser Danièle, 75 ans, doyenne de la maison, qui a insufflé et fédéré un atelier de fabrication de masques pendant le confinement. De cette période difficile est née une belle cohésion de groupe. Ainsi que L e Bon endroit, sorte de « tiers lieu culturel » où on peut prendre un thé tout en profitant de l’atelier du jour (yoga, karaoké, arts plastiques, théâtre, etc.). Encore en expérimentation jusqu’à décembre prochain (le confinement est survenu après la rédaction de l’article), cette structure – animée par l’Apajh 37 – est ouverte aux résidents, « aux aidants, qui peuvent trouver un moment de répit », aux riverains, à tous.
« Il s’est vraiment passé des choses . Nos résidents les moins socialisés se sont investis. On a même eu des gens du quartier qui arrivaient en chaussons. » Comme à la maison !
C’est environ le nombre de résidences intergénérationnelles créées par Habitat et Humanisme sur le territoire.
Présente à Tours, l’association est à l’origine de la pension de famille et de la résidence des Capucins, ouverte en septembre 2019, dans le cloître rénové.
 » Viens chez moi, j’habite chez Domitys  » Depuis septembre, la résidence service tourangelle accueille une étudiante,
hébergée gratuitement contre sa participation à certaines activités.
14 h 45, un jeudi. Les couloirs de , Coeur de Loire, jusque-là vides de toute âme, commencent à s’animer.
L’activité chorale va bientôt commencer et Annick, énergique octogénaire, est de la partie. « Je participe à toutes les activités », nous glisse-t-elle, dont une nouvelle depuis septembre : l’informatique.
« J’ai un ordinateur à la pomme mais je ne sais pas m’en servir », poursuit-elle, un regard complice lancé à sa voisine de table. Cheveux noirs et air encore un peu poupon, du haut de ses 19 ans seulement, Kimberley ne passe pas inaperçue chez Domitys. Étudiante en langue à l’université de Tours, la jeune femme y habite un appartement T2 depuis la rentrée, grâce à l’opération « Générations Part’âges », qui fait ses premiers pas à Tours.
L’objectif est simple, explique Gilles De Nert, le directeur : « Changer un peu le regard des jeunes sur les
seniors, les faire s’investir auprès d’eux, contractuellement, en tant qu’assistants animateurs. Les résidents sont demandeurs ». Outre l’informatique, de manière informelle, Kimberley s’est e ngagée à participer à des activités auprès des résidents (59 h par mois) et au dîner, dans la salle commune, deux ou trois fois par semaine.
Les résidences de Parthenay et Romorantin recherchent un étudiant
En échange, l’étudiante n’a pas eu un euro à débourser pour son appartement meublé et équipé, avec vue sur les toits de Tours. « On passe beaucoup de temps ensemble et Kimberley m’aide en informatique. Je ne veux pas embêter mes enfants et mes petits-enfants avec ça », apprécie Annick, qui mène des recherches généalogiques quand elle ne pratique pas la reliure d’art ou la chorale.
Quant à Kimberley, outre l’intérêt financier, elle a vu dans ce dispositif l’occasion de se sociabiliser. « Je suis assez réservée, c’est un bon exercice pour moi », poursuit l’étudiante qui prend peu à peu ses marques : «Au début, c’était un peu difficile car c’est un public que je ne connaissais pas forcément ». Et puis, des liens ont commencé à se créer.
« Cela nous apporte un peu de jeunesse, ce qui manque beaucoup ici », apprécie particulièrement Annick, l’ancienne enseignante. La direction de l’établissement applaudit l’initiative : « Les étudiants sont bien accueillis car les résidents ont des petits-enfants de cet âge-là. On est tous gagnants ! »
Si Tours a reçu une dizaine de candidatures avant de sélectionner Kimberley, les résidences Domitys de Romorantin (Loir-etCher) et Parthenay (Deux-Sèvres) recherchent toujours leur étudiant.

lanouvellerepublique.fr – 7 novembre 2020

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