Chirens | 2021-10-01

Vivre en coloc’ quand on ne peut plus vivre seul

Une colocation pour personnes âgées dépendantes a ouvert à Chirens il y a un mois. Reportage dans ce lieu qui se situe entre le domicile et l’Ehpad.
D ans la première maison, un pavillon récent près de l’église de Chirens, l’après-midi chaude de ce début juin est marquée par l’étape iséroise du Critérium du Dauphiné. Trois personnes regardent l’écran en somnolant. Dans la maison située juste à côté, c’est un match du tournoi de tennis de Roland-Garros qui occupe l’instant ’Odette, 77 ans. Cela fait quinze jours que la résidente de Miribel-les-Échelles est entrée dans la colocation. Après le décès de son mari, et alors qu’elle « perd la mémoire », elle ne pouvait rester seule. C’est sa fille qui a découvert le projet d’Âges et vie dans la petite commune iséroise. L’entreprise de Franche-Comté développe un concept d’accueil des personnes âgées, qui prend l’intervalle qui existe entre l’établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes et le domicile.
Seule “obligation” dans cette coloc’ où l’on fait vraisemblablement moins la fête que dans ses équivalents étudiants : les repas pris en commun. Sinon, chacun gère son emploi du temps, ses visites, ses sorties. Une liberté pour des personnes qui en manquent souvent quand ils atteignent le stade de la dépendance. I Un lieu qui n’est pas médicalisé Néanmoins des auxiliaires de vie sont présentes pour assurer toutes les tâches quotidiennes, pour soutenir les colocataires dans leurs gestes du quotidien. Des infirmières, dont le cabinet est tout proche, interviennent plusieurs fois par jour. Tout comme des kinésithérapeutes. Un système de téléalarme est aussi installé. La colocation n’est en revanche pas médicalisée, c’est la grosse différence avec l’Ehpad. C’est ce qui explique l’écart de prix aussi. Entre 1 600 et 1 800 euros en « reste à charge », après déduction des crédits d’impôts et del’allocation personnalisée d’autonomie, précise la manager régionale d’Âges et vie, Maëlys Lefebvre, quand les Ehpad dépassent parfois largement les 2 000 euros. Mais la responsable ne veut pas créer d’antagonismes. Chacun a sa place, son rôle, son utilité.
Pourtant, elle est persuadée qu’il existe une étape avant l’entrée en Ehpad, un créneau encore largement inexploité. Maëlys Lefebvre affirme d’ailleurs que parmi leurs clients, deux personnes en sont sorties pour entrer en coloc’… Et la période sanitaire qui a vu des restrictions importantes dans les résidences pour personnes âgées a plutôt, aux dires de la responsable, conforté le modèle. .. Les visites ne se sont pas arrêtées, les contraintes étant moins fortes du fait même du modèle de la colocation (maison de plain-pied, appartements ouverts vers l’extérieur, etc.).
Et, il semble là encore que cette plus importante liberté fasse mouche. La colocation est déjà quasi complète à Chirens, après un mois d’ouverture. Entre 16 et 20 personnes peuvent y vivre (quelques couples peuvent y résider) et déjà 14 personnes y ont pris place. Avec des difficultés parfois dans les premiers jours.
« On a eu des chamaille ries, des problèmes de cohabitation », concède Maëlys Lefebvre avec le sourire. La vie classique d’une coloc’ entre jeunes, et moins jeunes donc, en somme.

LE DAUPHINE LIBERE – 7 juin 2021

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