2021-10-01

Ehpad en crise : vieillir autrement

Béguinages, Maisons des petites Soeurs des Pauvres, accueil d’un étudiant à domicile, installation dans une famille d’accueil… les solutions pour vieillir dans un environnement familier en étant bien entouré sont nombreuses et suscitent un intérêt croissant.
Déjà bien entamée, la réputation des quelque 7 500 Ehpad français a pris un nouveau coup avec la crise du Covid-19. Le confinement des résidents et le décès de plus de 10 000 d’entre eux ont renforcé le sentiment de rejet que suscitent ces structures souvent impersonnelles et manquant de moyens, malgré un personnel souvent très dévoué . Dans ce contexte, la réflexion sur la manière de vieillir « autrement » qu’en Ehpad s’accélère. Comment répondre à cette demande ? Cinq principales orientations se dégagent.
Vers une loi sur le grand âge « Il faut affirmer résolument la nécessité de privilégier la vie au domicile de la personne. Cette priorité exige de répondre à la fragilité économique des services d’aide et d’accompagnement. Ce nouveau modèle suppose aussi de sortir d’un choix binaire entre l’Ehpad et le domicile, en développant des formes alternatives de prise en charge : résidences autonomie, accueil familial, accueil temporaire, accueil de jour, habitat intergénérationnel et inclusif. » Rapport de Dominique Libault, en vue de la loi sur le grand âge annoncée pour la fin 2020.
La première consiste à… vieillir chez soi. « Cela fait trente a ns que je suis dans ce métier et j’ai vu une amélioration très sensible dans l’aide au maintien à domicile » , explique le Dr Olivier de Ladoucette, psychiatre et président de la Fondation pour la recherche sur Alzheimer. De nombreuses personnes restent ainsi désormais chez elles jusqu’à la fin de leurs jours, soutenues quotidiennement, lorsque leur santé vient à décliner, par une aide pour la toilette et les repas, en complément du passage d’un infirmier ou d’un médecin.
La reconnaissance progressive du rôle d’« aidant familial » joue aussi en ce sens. La vraie difficulté se pose toutefois lorsque la personne âgée ne peut plus rester seule la nuit. Si un proche ne peut être présent, le coût d’une auxiliaire de vie devient vite très élevé. Financièrement, déplore le Dr de Ladoucette, « l’État n’en fait pas assez » . L’allocation personnalisée d’autonomie (APA), qui vise à aider les personnes à rester chez elles, est « bien pour les gens complètement fauchés. Mais pour la majorité des gens qui ne sont ni très riches ni très pauvres, elle ne représente presque rien » .
Vieillesse peut rimer avec isolement. C’est une des raisons du succès rencontré par l’habitat collectif (résidences autonomie, résidences seniors), permettant de garder une entière indépendance tout en bénéficiant de services partagés avec les autres résidents. Mais aussi de « l’habitat partagé accompagné ». « S’il y a un modèle qui peut faire la différence, c’est vraiment celui-ci », estime Alexandre Faure, expert en « Silver Économie ». Il le décrit comme « une sorte de colocation avec un majordome ». Il implique un lieu d’habitation commun, ou quelques logements en lien les uns avec les autres, des espaces partagés et la possibilité d’une assistance médicale mutualisée selon les besoins.
« L’initiative la plus connue est celle d’Âges & Vie, née en Franche-Comté il y a une dizaine d’années, qui a largement essaimé. Les entreprises s’y intéressent, ainsi que des associations comme les petits frères des Pauvres , qui en ont plusieurs, comme la maison du Thil à Beauvais (colocation Alzheimer). » Les béguinages, qui bénéficient d’une faveur nouvelle, en sont une variante ancrée dans une ancienne tradition chrétienne venue du Nord.
Solution intermédiaire permettant de rester chez soi tout en bénéficiant d’une présence : la cohabitation intergénérationnelle . Une idée intéressante, alors que près d’1,5 million de personnes de 80 ans et plus vivent seules, et que des dizaines de milliers d’étudiants peinent à se loger à chaque rentrée. Née en France en 2004, la cohabitation intergénérationnelle est devenue légale depuis octobre 2018, avec la loi Élan. Le jeune est logé chez la personne âgée en échange d’une présence, ou d’une modeste contrepartie financière.
Il existe plusieurs réseaux d’agences qui maillent le territoire, comme Cosi, Lis, Homeshare international ou ensemble2générations . Ces structures proposent une mise en relation personnelle des deux intéressés, après un entretien approfondi. Un concept numérique, www.accordes.org , a vu le jour en 2020. Les futurs binômes remplissent un dossier sur la plate-forme et Jean-Renaud d’Elissagaray, le fondateur, assure la mise en relation. L’offre est aussi dédiée aux entreprises leur permettant d’accompagner plus facilement leurs salariés ayant des difficultés pour se loger.
Se rapprocher de ses enfants, habiter chez eux ?
Alors que les parents avancent en âge, il arrive que certains de leurs enfants qui en ont la possibilité, ou qui se sont organisés dans cette perspective, leur proposent de se rapprocher d’eux, voire d’habiter… chez eux.
Cette solution privilégie les liens familiaux. Elle correspond à ce qui était la pratique de la plupart des familles françaises dans lesquelles les personnes âgées vieillissaient avec les générations suivantes. Le changement des mentalités et les contraintes du mode de vie actuel ont rendu cette formule moins naturelle. Plaçant les relations humaines et familiales au premier plan, elles restent toutefois une solution de choix. S’il trouve l’idée « bien sûr bonne et à encourager », le Dr de Ladoucette invite aussi les personnes qui auraient ce projet à le mûrir en profondeur et, pour ceux qui sont mariés, à y réfléchir en couple avant de soumettre cette proposition à leurs parents. « Cela peut être une fausse bonne idée, voire casser un couple si l’un des deux a dit oui par gentillesse sans prendre la mesure des contraintes que cela peut impliquer. »
Autre solution familiale : la famille d’accueil. Un « accueillant familial » se met à disposition pour accueillir une ou plusieurs personnes âgées. C’est le cas de Séverine Bellier, 47 ans, depuis 2012. Après avoir obtenu un agrément d’une durée de cinq ans, elle a installé dans sa ferme normande trois personnes. Elle raconte le bonheur de cet habitat partagé avec son mari, sa fille et ses « accueillis » dans un livre à paraître, Bienvenue chez Séverine (Flammarion). La personne âgée paie un loyer en fonction de sa dépendance, soutenue par des aides financières. De nombreux conseils départementaux encouragent cet habitat partagé. La structure CetteFamille fédère l’offre et la demande. « La formule est très intéressante pour la personne âgée, même si elle reste souvent un sacerdoce pour la famille d’accueil. Elle est hélas trop peu développée, surtout en ville » , estime Alexandre Faure.

www.famillechretienne.fr – 16 septembre 2020

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